A Toi, À Moi – Coïncidence – Clef De Ciel

8 Mar

A Toi, À Moi – Coïncidence – Clef De Ciel

A Toi, À Moi – Coïncidence – Clef De Ciel quelques jours, un simple coffret électrique, au niveau du croisement de l’avenue Enghelab et de l’avenue Vesal, dans le centre de Téhéran, est devenu le coin de la contestation inédite des Iraniennes contre le port obligatoire du voile en République islamique d’Iran. Le 29 janvier, à 11 heures du matin, alors que les rues et les arbres de Téhéran ont été couverts d’une épaisse couche de neige ayant donné un air magique à la ville, une fille est montée sur ce bloc d’un mètre de hauteur.

Elle a ôté son voile blanc et l’a noué autour d’un bâton. Impassible, la jeune Iranienne a doucement agité, pendant quelques minutes, le bâton, alors que le vent jouait avec ses cheveux, longs et détachés. L’Iranien qui est monté sur le même bloc, le 30 janvier, en solidarité avec les femmes qui luttent contre le port obligatoire du voile en Iran. A peine son image avait-elle commencé à tourner sur les réseaux sociaux que, ailleurs dans Téhéran, d’autres femmes ont mené la même action, cette fois-ci avec des foulards noir et rouge. Le lendemain, sur le même bloc, est monté un garçon, portant un tee-shirt blanc et brandissant un foulard blanc. Dans une vidéo publiée de son action, on le voit s’adresser aux passants et aux passantes en leur demandant leurs prénoms et en leur lançant :  Votre nom est le mien. Le 31 janvier, à Machhad, une femme en tchador a mené la même action.

L’image est très forte car elle montre que, même parmi les plus religieuses, certaines sympathisent avec celles qui luttent contre le port obligatoire du voile. Depuis l’instauration de la République islamique d’Iran, en 1979, les femmes sont tenues de se couvrir tout le corps, sauf le visage et les mains. Une brigade spécifique, connue sous le nom de   police des mœurs , veille au bon respect de cette loi. Stationnés sur les places des villes iraniennes, ces policiers et policières arrêtent des femmes  mal voilées , les emmenant au poste, où elles seront photographiées, comme des criminelles, et parfois condamnées à payer une amende.

Le choix de Narges Hosseini et du jeune homme, dont on ignore le nom, de monter sur ce coffret électrique sur l’avenue Enghelab ne devait rien au hasard : ils avaient bel et bien emboîté le pas à une autre Iranienne, Vida Movahed, qui, le 27 décembre 2017, avait mené la même action. Téhéranaise et mère d’un enfant de dix-neuf mois, Vida Movahed a été arrêtée par la police sur-le-champ et relâchée deux semaines plus tard. Il n’est toujours pas clair si un procès judiciaire a été engagé contre elle. Au lendemain de son action, un mouvement de contestation s’est emparé, en l’espace d’une semaine, d’au moins 80 villes iraniennes, ayant fait 25 victimes. D’abord s’en prenant à la vie chère, les manifestants ont très rapidement visé toutes les branches du pouvoir iranien.

La coïncidence du début des manifestations avec l’action de Vida Movahed a fait d’elle le symbole de la contestation, bien que ces deux phénomènes n’aient eu presque rien en commun, sinon un ras-le-bol du pouvoir en place. Selon la célèbre avocate et militante des droits humains Nassrin Sotoudeh, Narges Hosseini, elle, est toujours en prison. Une caution de 500 millions de tomans, soit 90 000 euros, a été requise contre sa libération. Elle ne vit pas à Téhéran et sa famille a été incapable de payer cette somme. Pour le moment, elle reste en prison à Shahr-é Rey  , a expliqué Nassrin Sotoudeh qui, elle aussi, a passé trois ans en prison, entre 2010 et 2013, pour ses activités. A en croire cette avocate, les femmes qui ne portent pas le voile peuvent être condamnées à une amende allant jusqu’ à 50 00 tomans, soit 10 euros, ou à une peine de prison, entre dix jours et deux mois.

A la fin de décembre 2017, la police iranienne a annoncé la fin prochaine des arrestations par la police des mœurs. Si cette nouvelle règle s’applique, les  mal-voilées  ne seraient obligées que de suivre des cours sur les bienfaits du port correct du voile. Depuis son élection, en 2013, le président modéré Hassan Rohani parle très souvent de la place importante des femmes et essaie de favoriser la présence des femmes dans la société. Depuis ce 31 janvier, une voiture de police est stationnée en permanence auprès du coffret électrique de l’avenue Enghelab, comme pour empêcher d’autres Iraniens de protester contre la loi sur le port obligatoire du voile.

Comme le nom de l’avenue, le mouvement est désormais baptisé  les filles d’Enghelab , mot voulant dire la révolution. C’est peut-être une crise de civilisation, effectivement. Les iraniens en ont marre de vivre dans un pays musulman et le font savoir. Le ras le bol des iranniens n’a rien à voir avec le fait d’être musulman, mais avec l’islam radical et tyranique !